Les consommateurs américains qui achetaient tout à crédit, depuis leur maison jusqu’à leurs courses quotidiennes, ont désormais des difficultés pour emprunter et usent avec une parcimonie inhabituelle des cartes de crédit.
La crise de l’immobilier a révélé combien les Américains comptaient sur la hausse des prix des logements pour couvrir leurs dépenses et remplacer l’épargne traditionnelle. Pendant les cinq années du boom immobilier, jusqu’à fin 2006, le revenu des ménages s’est accru, les ventes de détail ont augmenté plus vite que les salaires et l’épargne a été réduite à la portion congrue.
Mais, la donne a changé. Les banques restreignent désormais l’accès au crédit immobilier, aux prêts à la consommation et aux cartes de crédits. En conséquence, les consommateurs ont modifié si rapidement leurs habitudes de consommation que les entreprises ont du mal à suivre.
Les banques, qui distribuaient très facilement des cartes de crédit quand tout allait bien, ont imposé des limites et provisionné des milliards de dollars pour couvrir les pertes, leurs clients n’étant plus en mesure d’honorer les traites.
Les constructeurs automobiles américains craignent un effondrement de la demande car les acheteurs potentiels n’ont plus la possibilité ou la volonté de contracter un prêt.
Les magasins se préparent à connaître leurs pires résultats pour la période des fêtes depuis au moins 18 ans.
Meredith Whitney, analyste à Oppenheimer & Co, avait été l’une des premières à dire que les banques devaient lever d’importantes sommes pour couvrir les défauts de paiement de leurs clients. Aujourd’hui, elle estime que les banques, en restreignant l’accès au crédit, vont freiner des consommateurs déjà prudents, alimentant un cercle vicieux.
14.000 MILLIARDS DE DETTE
“Si vous perdez votre emploi, si vous êtes malade, si un événement imprévisible se produit, c’est votre caisse noire”, a-t-elle expliqué lors d’une conférence sur la finance mondiale organisée par Reuters à New York.
“Si tout d’un coup, vous perdez cette caisse noire ou si elle est considérablement réduite, et c’est ce qui va arriver, tout va changer pour vous et vous allez devenir un consommateur plus prudent. Tout peut aller très bien pour vous dans le reste de votre vie, mais réduire les lignes de crédit change complètement votre perspective”, a-t-elle ajouté.
Ces dix dernières années, les ménages américains ont augmenté de 8.000 milliards (6.320 milliards d’euros) leurs dettes, ce qui représente une augmentation de 137%, soit le double de la croissance de l’économie américaine. A 14.000 milliards de dollars, la charge de la dette est désormais quasiment équivalente à la production économique annuelle.
La plus grande partie de cette augmentation est due aux prêts immobiliers, qui ont augmenté de 6.000 milliards de dollars depuis 1998, mais également aux crédits à la consommation.
En dépit de l’accroissement de la dette, les investisseurs du monde entier ont continué à placer leur argent dans des titres adossés à des crédits immobiliers et aux créances des titulaires de cartes de crédit, permettant de garder le coût de l’emprunt à un niveau peu élevé.
Grâce à l’accès facile au crédit, les consommateurs n’ont cessé d’augmenter leurs dépenses pendant toute la période du boom immobilier, alors que leur salaire augmentait beaucoup moins vite. Des centaines de magasins ont été ouverts dans des centres commerciaux flambant neufs, les importations ont considérablement augmenté, grossissant les réserves de change de pays comme la Chine, et les ménages ont réduit au minimum leur épargne.
RETROUVER LA CONFIANCE
Cette époque semble révolue alors que le reste du monde craint aujourd’hui de prêter aux Américains. Tandis que les défauts de paiement augmentent, les banques ont de plus en plus de difficultés à trouver preneur pour des investissements liés à des crédits immobiliers.
La décision du Trésor d’utiliser une partie des 700 milliards du plan de sauvetage pour soutenir le crédit aux ménages sera sans doute insuffisante tant que les investisseurs n’auront pas retrouvé confiance.
Selon les économistes, le taux d’épargne des ménages, aujourd’hui proche de zéro, devrait remonter à 5%, ce qui représenterait 500 milliards de dollars en moins pour les achats, soit l’équivalent de six semaines de ventes au détail.
Et l’année prochaine pourrait être pire. L’agence de crédit Fitch Ratings anticipe une augmentation des pertes liées aux cartes de crédit, qui pourraient atteindre des records.
“Avant, n’importe qui pouvait demander une carte et obtenir une ligne de crédit de 10.000 dollars”, souligne Curtis Arnold, qui milite pour les droits des consommateurs. “Cette époque est révolue”.
L’ensemble de ses facteurs forment un cercle vicieux difficile à briser: moins de crédit veut dire moins de dépenses, ce qui oblige les entreprises à supprimer des emplois et donc augmente les défauts de paiement. Tout dépendra au final de l’ampleur des suppressions d’emploi.
Version française Gwénaelle Barzic pour le nouvel Obs.
Source: Reuters
Avis du guide rachat credit:
Les américains, roulés dans la farine depuis plusieurs décennies par les banques, doivent avoir un réveil difficile maintenant, la vérité du marasme financier étant bien présente.
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