Barack Obama, lors de sa première conférence de presse suite à son élection, n’a pas caché la difficulté de sa tâche pour redresser les états unis et la crise économique et financière actuelle.
La crise économique l’a propulsé à la Maison-Blanche. Elle peut aussi fracasser sa présidence. “Je ne sous-estime pas l’énormité de la tâche qui est devant nous” a avoué Barack Obama lors de sa première conférence de presse en tant que président élu, vendredi dans un hôtel de Chicago. Il était entouré de son équipe de conseillers économiques, et flanqué de son vice-président, Joe Biden, et de celui dont il a fait son chef de cabinet, fonction centrale à la Maison-Blanche, le représentant de Chicago Rahm Emanuel. L’essentiel de cette conférence de presse a été consacré à la crise économique.
Après les festivités de la victoire historique d’Obama, l’Amérique s’est réveillée avec une sérieuse gueule de bois, dont les symptômes sont les chiffres, qualifiés de “dégrisants” par Obama lui-même, de la situation économique. Wall Street continue sa dégringolade (-10 % mercredi et jeudi), le chômage grimpe inexorablement (240 000 emplois perdus en octobre, 1.2 millions en un an) pour atteindre un taux jamais vu en quinze ans (6.5 %), les trois grands constructeurs automobiles de Detroit sont au bord de la faillite. La crise financière a été stabilisée, mais loin d’être terminée. Celle de l’immobilier continue, et des millions de propriétaires sont menacés d’expulsion. La confiance des consommateurs n’a jamais été aussi basse en un demi-siècle. La présidence Obama sera confrontée “au plus grave défi économique de notre génération” a prévenu le futur chef de l’État. Il a affirmé sa volonté de s’ “y attaquer de front” dès sa prestation de serment le 20 janvier 2009.
Le gros problème, c’est la transition. Obama a pris soin de dire et de répéter qu’”il n’y a qu’un seul président à la fois” aux Etats-Unis, et que ce n’est pas lui, mais George W.Bush, pendant encore 75 jours. Son dilemme est réel. Il lui faut montrer qu’il est prêt à relever le défi économique, qu’il a des idées pour le faire, et qu’il y travaille avec des collaborateurs capables de l’y aider, de sorte à redonner confiance aux acteurs économiques. Mais il ne veut pas donner l’impression qu’il va “co-gèrer” la crise dans laquelle Bush a précipité le pays, d’autant que l’administration républicaine n’a pas forcément la même politique que celle que les Démocrates veulent mettre en oeuvre.
Obama veut “se hâter sans précipitation”
Pour le moment, Obama semble plutôt suivre l’exemple de Franklin D.Roosevelt après son élection en 1932, qui avait laissé son prédécesseur Hoover se débattre dans la Dépression. FDR n’avait annoncé sa politique, le New Deal, qu’une fois installé à la Maison-Blanche. Obama a refusé de participer au sommet qui réunira à l’invitation de Bush les vingt principales puissances économiques du monde à Washington le 15 novembre pour discuter de la réforme des marchés financiers internationaux. Il n’a pas non plus accepté la proposition du secrétaire au Trésor Henry Paulson d’installer des membres de son équipe dans les locaux du ministère pour y superviser la mise en oeuvre du plan de sauvetage du système financier voté par le Congrès.
Il ne veut pas non plus abattre ses cartes trop vite. Il a par exemple rejeté les rumeurs d’une nomination rapide de son secrétaire au Trésor. Il a l’intention de “se hâter sans précipitation, et j’insiste sur le second terme de la formule” pour mettre en place son administration. Le nom du successeur de Paulson, comme celui du prochain secrétaire d’État, pourrait donc de pas être connu avant “plusieurs semaines”. Washington va continuer d’être agitée de rumeurs et de listes de candidats aux postes clés du gouvernement Obama. Enfin et surtout, le futur président en est resté à de prudentes généralités sur la manière dont il entend combattre la crise. Il s’est contenté de réaffirmer les principes qu’il avait énoncés tout du long de sa campagne. La relance économique doit passer par “un plan d’aide aux classes moyennes”, la priorité doit aller à l’emploi et au pouvoir d’achat. Il n’a donné que deux indications précises. Il est favorable au vote par le Congrès (et à la ratification par Bush) d’un nouveau plan de relance, et “le plus tôt sera le mieux”, si possible avant même son entrée en fonctions. Il est aussi favorable à l’octroi de nouvelles subventions massives à l’industrie automobile pour éviter la disparition d’un des trois géants de Detroit (GM, Ford et Chrysler).
Il travaille en fait déjà en coulisses avec les chefs de la majorité démocrate au Congrès, la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi et le chef de file des Démocrates au Sénat, Harry Reid. Ceux-ci proposent l’adoption par le Congrès sortant, dans sa dernière session avant la fin de l’année, d’un plan de relance de 100 milliards de dollars allongeant la durée des allocations chômage et accordant des aides aux États et municipalités en difficulté budgétaire, plus 25 milliards de subventions à Detroit. Ce plan serait prolongé, dès la réunion du nouveau Congrès en janvier, par une seconde vague d’aides qui comprendrait des réductions d’impôts et des mesures d’incitation fiscale.
“Il va falloir faire des choix difficiles”
Mais au-delà de ces mesures d’urgence, Barack Obama a reconnu qu’”il va falloir faire des choix difficiles” et qu’”il ne sera ni facile ni rapide de sortir du trou dans lequel nous sommes”. Manière de dire qu’après le temps des promesses de campagne, le temps est venu de revenir sur ces promesses. Le candidat démocrate a promis de réduire les impôts tout en augmentant considérablement les dépenses publiques pour lancer de grands travaux d’infrastructure, la réforme de l’assurance maladie, un vaste programme de passage aux énergies alternatives et d’amélioration de l’éducation. Tous les experts, y compris certains proches d’Obama, avouent que ces promesses étaient irréalistes.
Le déficit budgétaire 2009 va battre le record depuis la fin de la Seconde guerre mondiale avec plus de 1000 milliards de dollars (6.5 % du PNB). La dette publique est en passe d’atteindre les 13 000 milliards. Et l’arrivée massive à la retraite des enfants du baby-boom va couler les régimes de protection sociale (Social Security, Medicare) dans les vingt prochaines années. Une véritable sortie de crise passe en fait par un sevrage douloureux des Américains accoutumés à la drogue de l’argent facile par le surendettement individuel et collectif, et à celle du pétrole bon marché, base de la culture de l’automobile. Mais Barack Obama ne s’est pas fait élire en promettant l’austérité.
Il est déjà assiégé par tous ceux qui veulent le voir ouvrir en grand le robinet des dépenses de l’État et ériger des barrières protectionnistes : lobbies de secteurs économiques en difficulté (comme l’automobile et les élus démocrates du Michigan, ou l’aéronautique et les parlementaires de l’État de Washington qui volent pour Boeing), syndicats, membres de la gauche de son propre parti démocrate… Et l’incertitude plane toujours sur sa vision économique globale.
Ses conseillers économiques (l’ex-directeur de la Fed, Paul Volcker, les ex-secrétaires au Trésor Robert Rubin et Lawrence Summers, des PDG comme le financier Warren Buffett, le patron de Google, Eric Schmidt, ou la patronne de Xerox Anne Mulcahy) sont pour la plupart des centristes modérés formés sous l’ère Clinton. Mais nombre de ses partisans attendent des réformes économiques et sociales plus radicales, comme le prix Nobel d’Économie Paul Krugman, écrivant dans le New York Times vendredi, qui estime “qu’un programme progressiste ambitieux - un nouveau New Deal- est non seulement possible du point de vue de l’économie américaine, mais c’est précisément ce dont elle a besoin” pour éviter de basculer dans la Dépression.
Source: Lepoint
Avis du guide rachat credit:
Obama, après sa victoire triomphante et historique, va avoir énormément de travail ses prochains mois pour tenter de rétablir une confiance aux USA et à son peuple.
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