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Le paysage bancaire français

La crise du « subprime » et des marchés du crédit a bouleversé le paysage bancaire français
Il y aura un avant et un après-« subprime » pour les établissements bancaires français. La crise, qui a provoqué jusqu’à maintenant près de 17 milliards d’euros de pertes pour les principaux acteurs, aura des répercussions multiples. Pour le secteur bancaire lui-même, pour ses régulateurs, pour les entreprises comme pour les ménages.


Un impact limité », « une exposition faible » : les communiqués des grandes banques françaises se voulaient rassurants à l’été 2007. Un an plus tard, le bilan est pourtant lourd. La crise des crédits à risque américains « subprime » et son extension aux marchés du crédit a coûté près de 17 milliards d’euros aux banques françaises. Et les répercussions sur leur activité, leur environnement concurrentiel ou leur stratégie seront multiples.

Le coût de la crise.
Le Crédit Agricole, touché notamment par son exposition aux rehausseurs de crédit américains, a perdu 5,5 milliards d’euros. Pour la Société Générale, la facture s’élève à 4,9 milliards d’euros, sans compter la perte liée à l’affaire Kerviel, du même montant. Natixis, la filiale commune aux Banques Populaires et aux Caisses d’Epargne, a abandonné 3,9 milliards d’euros dans la crise, à quoi doit s’ajouter pour les deux réseaux le coût de la reprise de CIFG.
BNP Paribas s’en tire un peu mieux avec 2,3 milliards d’euros de dépréciations d’actifs. Pour le groupe Crédit Mutuel-CIC, le coût atteindrait quelques centaines de millions d’euros. Les banques françaises restent cependant loin derrière leurs consoeurs américaines et suisses : le seul Citigroup a annoncé 46,6 milliards de dollars (30 milliards d’euros) de dépréciations.

Le règne des fonds propres.
Face à ces pertes, la plupart des grandes banques françaises ont été contraintes de renforcer leurs fonds propres, à l’exception de BNP Paribas. Société Générale a été la première à faire appel au marché, réussissant après l’affaire Kerviel à lever 5,5 milliards d’euros. Crédit Agricole a bouclé en juin une augmentation de capital de 5,9 milliards d’euros. Et ce, selon l’expression de son directeur général, Georges Pauget, « pour se créer un avantage compétitif » dans une nouvelle ère où « le capital sera roi ». Natixis va lancer dans les prochaines semaines une augmentation de capital de 3,7 milliards d’euros.

· La pression des régulateurs. Si les banques renforcent leur bilan, c’est aussi parce que la pression des régulateurs s’intensifie. En France, la norme devrait ainsi se déplacer vers un ratio Tier-1 (fonds propres durs) de 8 à 8,5 %, au lieu des 7 à 7,5 % tolérés jusqu’à présent, en fonction du profil de risque de chaque banque. Les régulateurs pourraient aussi renforcer leur exigence sur la qualité des fonds propres admis dans le calcul du Tier-1. Après l’affaire Kerviel, la Commission bancaire va également se montrer plus sévère sur le respect des procédures de contrôle interne et la maîtrise des risques opérationnels.

· Des BFI redimensionnées. Le modèle de banque universelle de BNP Paribas, de la Société Générale et de Crédit Agricole SA n’est pas remis en cause. Mais les fonds propres alloués aux banques de financement et d’investissement (BFI) vont diminuer dans la plupart des grandes banques. Calyon, la filiale de Crédit Agricole SA, et Natixis ont engagé des plans de restructuration. La voilure va être réduite sur certaines activités comme les dérivés actions, la titrisation, le trading pour compte propre ou le financement LBO. « Fondamentalement, on devrait assister à un report des investisseurs vers des produits dont ils maîtrisent les tenants et les aboutissants, donc avec des marges nécessairement plus faibles, pronostique Maxence Le Gouvello, analyste chez Morgan Stanley. Dans ce contexte, le nerf de la guerre sera la distribution : ceux qui n’ont ni grande capacité de distribution ni vraie franchise dans l’origination vont devoir se poser des questions. » La crise s’est aussi traduite par une vague de renouvellement des dirigeants à la Société Générale et chez Calyon.

· Une période difficile pour la banque de détail. La crise n’a pas touché que la BFI. Elle a indirectement des répercussions sur la banque de détail. En raison de la hausse des coûts de refinancements, les banques renchérissent les taux d’intérêt des crédits immobiliers et des crédits à la consommation, ce qui contribue à ralentir ces marchés. Selon la Banque de France, le taux moyen des crédits à l’habitat s’élevait en juin à 4,75 %, contre 4,72 % en mai, conduisant à une baisse de plus de 1 % de leur production. La hausse des taux a entraîné une hausse des rendements servis aux épargnants, notamment sur le Livret A, accentuant le phénomène de pincement des marges. Avec la baisse des indices boursiers, les clients se reportent sur des produits plus liquides et moins risqués (comptes à terme, livrets d’épargne réglementés), au détriment des OPCVM et de l’assurance-vie investie en unités de compte.

G. M. pour lesechos.fr

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