La crise financière en France

La crise financière arrive en France
La crise financière dont l’épicentre se situe aux Etats-Unis est arrivée en Europe. Le sauvetage improvisé de Fortis et de Dexia, deux fleurons de la banque belge, vient rappeler à ceux qui l’auraient oublié que nul n’est à l’abri. La contagion gagne. Pour que les esprits se calment, l’adoption du plan Paulson par le Congrès paraît indispensable.

La finance mondiale a été prise à revers par le Congrès américain. Le scénario cauchemar que chacun aux Etats-Unis et ailleurs voulait écarter s’est donc produit.

Le 29 septembre au soir, heure française, on apprenait qu’en dépit de tous les pronostics le Congrès, par 228 voix contre 205, avait repoussé le mégaplan de sauvetage de 700 milliards de dollars imaginé par Henry Paulson. Le secrétaire américain au Trésor, qui porte le poids de la crise, avait proposé de racheter les actifs douteux des banques, décimées par la crise, afin que les survivantes puissent repartir d’un bon pied. A cinq semaines de l’élection présidentielle, le Congrès, connaissant l’impopularité des seigneurs de la finance auprès de l’opinion, a refusé de leur faire ce cadeau.

Il a choisi Main Street contre Wall Street. En restera-t-on là ? On n’ose l’imaginer. « Nous sommes dans une situation urgente, dont les conséquences seront pires chaque jour si nous n’agissons pas », lance, au lendemain de l’échec, Georges Bush. Paulson, appuyé à fond par la Maison-Blanche, va présenter à nouveau son plan.sQui deviendra alors vraiment celui de la dernière chance.

Les Européens savent déjà à quoi s’en tenir. Alors même qu’ils tablaient sur l’adoption du plan Paulson durant le week-end, une terrible bourrasque s’est levée en Belgique et aux Pays-Bas, touchant de petits monuments comme Fortis ou Dexia.
A l’échelle du continent, une nouvelle bien pire que la faillite, le 15 septembre, de Lehman. D’autant qu’au même moment au Danemark la Roskilde Bank et, en Islande, Glitnir sont touchées, qu’en Allemagne les autorités volent au secours de l’Hypo Real Estate Bank, tandis qu’en Angleterre, en plein week-end, on nationalise Bradford & Bingley. Le feu a pris sur le continent.
Pour espérer éteindre l’incendie, l’Europe aussi a besoin du plan Paulson. Vous avez dit globalisation ? Le lundi 29 septembre, toutes les Bourses, en Amérique, en Europe, en Asie, sans oublier l’Australie, ont pris un gadin. En perdant 777 points en une séance, New York a enregistré sa plus forte baisse de l’Histoire.

A Paris, l’Elysée a vite pris la mesure de l’événement. Le 30 septembre au matin, banquiers et assureurs de la place étaient réunis autour du président de la République pour parer au plus pressé. Henri de Castries (Axa), Baudoin Prot (BNP-Paribas), Frédéric Oudéa (Société générale), Georges Pauget (Crédit agricole)… le gratin de la finance française était là. Réunion dramatisée car chacun des participants sait que, en matière financière, les lignes de défense n’existent pas. Ce sont toutes des lignes Maginot. Cette fois, d’ailleurs, on ne pourra pas rejouer le coup du « nuage de Tchernobyl » qui s’arrêterait comme par magie aux frontières de la France.
Déjà le Crédit agricole, BNP Paribas, Natixis, la Société générale (en dehors même de l’accident Kerviel) ont dû déprécier des actifs (voir tableau ). Le nuage est déjà passé une fois. Et le voilà qui revient. Aujourd’hui, ce qui se joue en Belgique, maillon faible du continent, est extrêmement dangereux. Pensez, Fortis est aux abois. Or Fortis n’est pas un établissement quelconque.
A la fois banquier et assureur, il vient au premier rang pour les particuliers en Belgique et au deuxième aux Pays-Bas. Si son cours flanche, ce n’est pas à cause de ces activités traditionnelles.
Non, comme les grands de Wall Street, Fortis, pour doper sa rentabilité, a fait joujou avec des dérivés de crédit* et surtout s’est lancée dans l’acquisition du néerlandais ABN Amro sans en avoir les moyens. Aujourd’hui, elle paie l’addition.
Pas question, cependant, pour les pouvoirs publics de la laisser s’enfoncer. Dans la nuit du dimanche 28 septembre, les gouvernements de Bruxelles, La Haye et Luxembourg, vivement encouragés par Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, ont improvisé un plan de sauvetage de 11,2 milliards d’euros qui n’est pas autre chose qu’une nationalisation en bonne et due forme. A peine réglé ce problème en éclatait un autre tout aussi inquiétant : le cours de l’action du franco-belge Dexia partait en vrille (-28 % en une séance). Dexia non plus n’est pas une banque quelconque. En France et en Belgique, c’est la banque des collectivités.
Chaque maire ou chaque directeur d’hôpital connaît Dexia. En Belgique, on la connaît mieux encore, car c’est aussi une banque de dépôts. A priori, il s’agit là de métiers plus que tranquilles. Alors, pourquoi Dexia a-t-elle, elle aussi, basculé ?
Tout simplement parce que, comme Fortis, pour soigner ses profits, elle s’est aventurée dans des zones dangereuses. Elle a racheté aux Etats-Unis FSA, un drôle d’outil appelé rehausseur de crédit ou monoline*. Ces établissements d’un type particulier ont pour vocation d’assurer les crédits accordés par d’autres banques. Malheureusement pour elle, dans son portefeuille de crédits, un nombre élevé ne sera jamais remboursé. Le monoline FSA a plombé Dexia.

Une solution facile serait de s’en séparer, de le vendre. Mais personne n’en veut, même pour un dollar symbolique. Résultat : Bruxelles, Paris et Luxembourg ont joué les pompiers, la France injectant pour sa part 3 milliards d’euros le 30 septembre avant l’ouverture des Bourses. Pour la circonstance, la Caisse des dépôts a été sollicitée. Elle fournira l’essentiel des capitaux (2 milliards). Il n’empêche, l’Etat y est pour 1 milliard. Ce n’est pas énorme mais c’est tout un symbole : pour la première fois depuis le début de la crise financière des subprimes* , le gouvernement est contraint de renflouer une banque. Et maintenant ?

Natixis fait l’objet de toutes les attentions. Banque d’investissement* commune aux Caisses d’épargne et aux Banques populaires, Natixis devait être une Rolls. En offrant aux deux établissements mutualistes une ouverture sur les marchés des produits financiers sophistiqués, elle ouvrait de vastes perspectives de gains.
Natixis, c’était le petit Goldman Sachs de Charles Milhaud, le patron des Caisses d’épargne, et de Philippe Dupont, le patron des Banques populaires.
Aucun des deux n’a vu que dans son escarcelle tombait CIFG, un autre monoline. Savaient-ils même ce que c’était ? Pour sauver leur enfant, ils l’ont fait remonter dans les maisons mères. Mais rien n’y a fait, Natixis était bourrée de produits « toxiques ». Aujourd’hui, elle est en perdition. Son cours a perdu près de 80 % et, surtout, les Caisses d’épargne et les Banques populaires ont dû se saigner (2,5 milliards d’euros d’avance) pour la soutenir, ce qui n’a pas été sans provoquer des remous parmi les barons régionaux des deux groupes.
Le pire, c’est que cet apport d’argent frais n’a pas suffi. Natixis vient de clore une augmentation de capital de 3,7 milliards d’euros. La Rolls que se sont payée Milhaud et Dupont s’est transformée en un tacot bringuebalant.

En convoquant tous les banquiers et assureurs de la place à l’Elysée-une réunion aux allures très protocolaires-, Nicolas Sarkozy, tenu au courant dans les heures précédentes du sauvetage de Dexia, a tenté de garder la main.
Il veut d’abord rassurer l’opinion, maintenir le cap fixé à Toulon la semaine précédente : « Si les banques françaises devaient être mises en difficulté par la spéculation, je n’accepterais pas qu’un seul déposant perde un seul euro parce qu’un établissement financier serait dans l’incapacité de faire face à ses engagements. »
Même si les caisses de l’Etat sont vides, le président se pose en défenseur de l’épargnant. Avec le risque, si la crise dégénère, que l’épargnant gagne ce que le contribuable perdra… Mais le retour de la confiance est à ce prix dans un pays où des citoyens commencent à se demander s’ils ont choisi la bonne banque.

Il faut dire que la crise financière est d’une violence inimaginable.
Quand ce jeu de massacre a-t-il commencé ?
Pour les experts, les avis divergent. Les uns, comme Michel Pébereau, le président de BNP Paribas, la font remonter à décembre 2006, quand se produisent les premières remontées négatives sur les subprimes . D’autres parlent de juin 2007, quand deux fonds de Bear Stearns sont fermés en urgence et leurs dirigeants jetés en prison. Reste que la date la plus communément admise est celle du 9 août 2007. Ce jour-là s’est produit un phénomène dont la planète finance ne s’est pas remise. La méfiance s’étant installée, les banques cessent brutalement de se faire crédit entre elles. Or ces flux permanents qu’elles entretiennent au jour le jour, à un mois, à deux mois, sont un peu comme le courant électrique dans une usine.
Si le courant est coupé, plus rien ne tourne, c’est la panne sèche. Voilà pourquoi les banques sont lancées dans une course désespérée à la liquidité. Faute de s’alimenter entre elles, elles se tournent vers les instituts d’émission. La Réserve fédérale et la BCE, relayées par la Banque du Japon, la Banque d’Angleterre et d’autres, ont injecté en un an et demi des quantités colossales d’argent frais pour maintenir les banques à flot.
Encore récemment, le 29 septembre, la Fed a alloué plus de 215 milliards et la BCE, 150 milliards. Attention, ces sommes ne sont pas versées à fonds perdus. Ce sont des prêts remboursables, mais des prêts spécialement bienvenus puisque personne n’en propose. En jouant à de multiples reprises les Canadair inondant la planète de liquidités, les banques centrales n’ont toutefois pas pu mettre fin à l’infernal jeu de quilles.

On ne compte plus les petits établissements américains qui ont fait faillite (Ownit Mortgage, New Century Financial Corp., American Home Mortgage…), les grands qui ont été repris (Countrywide, Bear Stearns, Merrill Lynch, et, tout récemment, Wachovia et Washinton Mutual, la plus grande caisse d’épargne américaine basée à Seattle…) ou sauvés par l’Etat fédéral (Fannie Mae, Freddie Mac, AIG)… La planète finance est en pleine recomposition avec des banques, telles JP Morgan ou Bank of America, qui surnagent, sans oublier Warren Buffett, le milliardaire américain qui profite de la débâcle pour faire son marché (5 milliards de dollars dans Goldman Sachs).
Jusqu’ici, en Europe, hormis des alertes en Allemagne (sauvetage d’IKB et Sachsen LB en 2007) et en Suisse (le géant UBS a trébuché), l’incendie avait surtout gagné la Grande-Bretagne. Northern Rock, la grande banque hypothécaire de Newcastle, a été nationalisée en mars 2008. Les banques britanniques spécialisées dans les prêts immobiliers, il est vrai, sont victimes de leur impéritie, car elles ont accordé des prêts sans se soucier de la capacité à rembourser des emprunteurs, allant même jusqu’à prêter 125 % du prix des logements achetés.sElles ont fait du subprime à l’anglaise.
Aussi les concurrentes de Northern Rock ont-elles fini par tomber. Telles HBOS, le numéro un repris récemment par Lloyds TSB, et surtout Bradford & Bringley, qui vient d’être rachetée par l’espagnol Santander, les actifs pourris ayant été nationalisés. Avec les accidents Fortis et Dexia, la ligne de front s’installe maintenant sur le continent. « Il nous faudrait un plan Paulson à l’européenne pour retrouver un peu de sérénité. Le gros problème,s explique cet analyste, c’est qu’à la différence des Etats-Unis l’Europe ne dispose pas d’un seul Trésor. Il faudrait se mettre d’accord à 27, sans oublier la Suisse, qui, en cas de pépin, n’a pas les moyens à elle seule de sauver ses champions nationaux. »
Le crédit interbancaire étant toujours en panne, la peur gagne. D’autant que les spéculateurs continuent leur jeu de massacre en ciblant des établissements. L’interdiction des ventes à découvert* sur les valeurs financières, qui était censée calmer leurs ardeurs, n’y fait rien. Fortis et Dexia ont bien été « visées ». D’où l’inévitable question : à qui le tour ? Les paroles apaisantes des politiques et du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, n’y changeront rien. Ce dernier a beau répéter qu’ « il n’y a pas de raison d’avoir peur », la grosse partie, avec le plan Paulson, se joue aux Etats-Unis.
Le secrétaire au Trésor, ancien de Goldman Sachs, pour qui les jeux financiers n’ont aucun mystère, a commis une grave faute. En ne se portant pas au secours de Lehman Brothers, il a ravivé les flammes de l’incendie au lieu de l’éteindre. Dans la foulée le géant mondial de l’assurance AIG, gavé de credit default swaps *, allait au tapis. Le carnage était en vue. D’où le plan mammouth de 700 milliards de dollars, somme purement indicative (ce peut être moins, ce peut être sûrement plus), concocté le week-end du 22 septembre.
Il ne vise rien de moins qu’à soutenir les activités de l’ensemble des banques américaines, ce qui, si elles revenaient à la vie, permettrait à leurs concurrentes en Europe et ailleurs de respirer aussi. L’assureur chinois Ping An n’a-t-il pas dévissé à Hongkong pour être trop engagé dans Fortis ? Car tout est dans tout. C’est pourquoi la ligne de défense que le président Sarkozy veut mettre en place passe, quoi qu’il arrive, par le Capitole.

Source: Lepoint.fr

Avis du guide du rachat de crédit:
La crise est là et bien là. PLus aucun doute, et ce malgré les mensonges de nos gouvernements.

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